K617120

Mexico - Francisco López Capillas - Messe de la Bataille en Nouvelle-Espagne

Par l'Ensemble Vocal De Profundis, dir. Cristina García Banegas. L'œuvre de Francisco López Capillas constitue, sans aucun doute, le sommet du style polychoral baroque en Nouvelle-Espagne. Directement inspirée de Clément Janequin, sa « Missa de Batalla » fait s'opposer avec fracas les chœurs et les percussions. Elle est, ici, entourée des plus belles pages des compositeurs européens qui étaient ses contemporains, et que l'on chantait également dans les cathédrales de Puebla et de Mexico dont l'édification venait à peine de se terminer. Toute la somptuosité sonore de l'ancien et du Nouveau Monde.

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Francisco López Capillas - Messe de la Bataille en Nouvelle-Espagne // Ensemble Vocal De Profundis, dir. Cristina García Banegas

Ce CD fait partie de la collection « De la Terre de Feu à l'embouchure du St Laurent ». 

Paru par la suite en coffret sous la réf. K617143/3.  K617143 3
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Autour d’une Messe de la Bataille en Nouvelle-Espagne

150 ans très exactement séparent la fondation de la première école de musique du Nouveau-Monde, à Texcoco non loin de Mexico, en 1524 par les soins du franciscain Pedro de Gante, de la mort de Francisco López Capillas, survenue en 1674. Un siècle et demi au cours duquel la Nouvelle-Espagne passera des premiers répertoires de plain-chant en provenance de la cathédrale de Tolède ou des usuels et psautiers d’origine sévillane, à un art musical raffiné et décoratif qui se développera dans ses deux principaux sanctuaires : les cathédrales de Puebla et de Mexico ; deux hauts lieux de l’art sacré marqués successivement par la présence de Francisco López Capillas.

C’est autour de 1608 que naquit ce compositeur qui fût tout d’abord élève de la Royale et Pontificale Université de Mexico et membre du chœur de la cathédrale où il se familiarisa avec le plain-chant et la composition polyphonique, avant de devenir second organiste et chanteur à la cathédrale de Puebla en 1641. Puebla, marquée à l’époque par la présence du brillant et étonnant évêque Juan de Palafox y Mendoza qui, avec une très grande énergie, stimulait la culture, défendait les Indiens, multipliait les fondations de séminaires et de collèges et, surtout pour ce qui nous intéresse, rassemblait les trésors de la célèbre bibliothèque (qui porte aujourd’hui son nom), tout en écrivant lui-même poèmes et chroniques.

Si l’on pense généralement que la majeure partie des œuvres attribuées avec certitude à Francisco López Capillas appartiennent aux vingt dernières années qu’il passa à Mexico où il devait être nommé maître de chapelle en 1654, il est hors de doute que c’est à Puebla, sous les voûtes surchargées d’ors de la bibliothèque réunie par Palafox y Mendoza, qu’il découvrit et assimila les répertoires les plus divers venus d’Europe, faisant une large place aux œuvres de la Renaissance. Est-ce pour cela que toute son œuvre présente les traits de l’ambiguïté ? Fut-il un compositeur attardé de la Renaissance, comme pourraient le laisser penser son écriture archaïque ainsi que ses références continuelles aux maîtres européens du siècle précédent ? Doit-on y voir au contraire - et pour la première fois en Nouvelle-Espagne - l’émergence d’une esthétique baroque ? De toute évidence, en convoquant autour de la présente Missa de Batalla les œuvres de ses devanciers, qu’ils soient européens comme Gombert, Cabezón, Lassus, Vivanco ou Baylón ; ou novo-hispanicain, comme Juan de Lienas, Cristina García Banegas ne saurait être suspectée de pencher vers telle ou telle de ces hypothèses. Elle a seulement fait le choix de replacer cette œuvre dans le contexte qui devait être celui des chœurs de Puebla et de Mexico, où l’on chantait aussi bien les œuvres « contemporaines », que celles des maîtres plus anciens que, naturellement, Francisco López Capillas connaissait admirablement. En fait, derrière la carapace de son érudition, il était sinon un novateur, du moins un véritable chercheur, n’hésitant pas à citer dans ses travaux théoriques aussi bien Cristóbal de Morales, « Prenestina » (Palestrina), Jean de Richafort ou Pierre de Manchicourt prouvant ainsi aussi bien son habileté face aux conservateurs émus par ses audaces, que son très grand savoir.

Au demeurant, la forme même d’une Messe de la Bataille qui nous renvoie inévitablement à la chanson écrite par Clément Janequin pour commémorer la bataille de Marignan (1515 !), ne saurait (outre des citations thématiques explicites chez López Capillas) teinter d’archaïsme un genre qui fût en grande faveur du XVe au XVIIIe siècles. Le Manuscrit dit « de Pixérécourt » contient ainsi une pièce à trois voix Alla bataglia fourmillant de figures caractéristiques et de cris de ralliement que l’on retrouvera autour de 1460 dans le fameux A la bataglia composé par Heinrich Isaac ; et le genre fera florès jusqu’aux vigoureuses empoignades musicales signées Beethoven (La Bataille de Vittoria) ou Tchaïkovski (Ouverture 1812).

Ce qui est sans doute plus troublant, est de retrouver sur le sol américain, au XVIIe siècle, comme une quintessence de ce qu’était la polychoralité en Europe au siècle précédent, sans que cette Missa de Batalla n’y apparaisse jamais incongrue.

Depuis le Moyen Âge, les moines avaient l’habitude de diviser leur chœur en deux parties : on confiait à un petit groupe de bons chanteurs les mélodies souvent très élaborées des textes du graduel (le propre de la messe) et le grand chœur, très souvent divisé en deux, chantait en alternance le Kyriale (l’ordinaire). Cette division était encore plus précise pour le chant des heures canoniques qui comportent de nombreux psaumes dont les versets étaient chantés par les deux moitiés du grand chœur ; les hymnes strophiques alternant entre les chantres et le grand chœur, et les antiennes étant réservées aux chantres.

Au cours des siècles suivants, la polyphonie prit donc une place toujours plus importante dans les célébrations liturgiques ; il était donc logique, au moment où cette musique atteignait sa maturité, que les compositeurs cherchent à retrouver cette division traditionnelle, alors que la place accordée au plain-chant, au moins pour les jours de fêtes, était de plus en plus réduite. Les premières œuvres expressément écrites pour deux chœurs sont, d’ailleurs, des Magnificat ; mais durant la deuxième moitié du XVIe siècle, on voit apparaître, surtout en Italie, des messes et des motets, de plus en plus nombreux, écrits pour deux et trois chœurs, en même temps que l’on voit publier les grands traités théoriques qui consacrent l’aboutissement du langage polyphonique et établissent les règles du « Contrepoint classique » qui resteront à la base de l’enseignement de l’écriture musicale pour les deux siècles suivants.

Les compositions vocales rassemblées par le présent enregistrement entrent toutes dans le cadre que l’on vient de décrire et dont l’on voit bien l’application tardive qu’en fait López Capillas, bien loin de ses sources et après qu’elles aient connues une évolution sur le sol américain marquée par un compositeur « autochtone » que l’on découvrira ici avec le plus haut intérêt.

Il s’agit de Juan de Lienas, qui reste toujours une figure mystérieuse dans la vie musicale du Mexique. Exceptionnellement, ce n’est pas en relation avec la cathédrale de Mexico que semble s’être développé son talent, mais plutôt au service des riches couvents que comptait la ville vers la moitié du XVIIe siècle. On ne sait strictement rien de lui, sinon que la petite quantité de musique laissée par Lienas atteint une facture très élevée. Les trois motets présentés ici montrent avec quels soins le style ancien était cultivé à Mexico.

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