LE CHANT DU VOYAGEUR

Dimanche 23 juin 2019 à 17H30 – Auditorium du centre socio-culturel de Sarrebourg

Airs de cour dans l’Europe de la Renaissance - Monique Zanetti soprano, Eugène Ferré luth Nota bene : ce récital sera donné en conclusion de l’assemblée générale des Amis de Saint Ulrich

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La voix accompagnée par un luth a eu les faveurs des auditoires, de manière certaine, depuis le XVème siècle. Il semble même, d'après ce que recommande Baldassar Castiglione dans // Cortegiano, que la manière la plus parfaite de présenter une frottola (une des formes musicales majeures, avec le madrigal, de l'Italie du Cinquecento) composée pour 4 voix, est de chanter le « dessus » accompagné au luth, qui se charge donc de jouer les trois voix manquantes. Le succès de cette formation était tel que dès 1509 sont publiés des airs de Tromboncino, Cara, etc., pour voix & luth. Ce sont deux des tous premiers recueils musicaux imprimés!
Il faut attendre 1571 pour que pour la première fois apparaisse la mention Air de Cour (Livre d'Airs de Cour miz sur le luth par Adrian Le Roy). Il s'agit surtout de chansons sur des poèmes de Ronsard, Desportes et d'autres. A partir de cette date, le terme Air de Cour sera adopté, aussi bien pour des Airs au Luth que pour des airs polyphoniques, tour à tour légers ou sérieux.
En Angleterre, le terme lute-song est l'équivalent de l'Air au luth, et sa vogue ira grandissant à partir de la publication du premier livre de John Dowland en 1597. Curieusement paraissait, la même année, le Premier livre de chansons et airs de cour tant en français qu'en italien et en gascon (sic) de Charles Tessier à ... Londres !
Les publications d'airs au luth s'arrêtent en Angleterre dans les années 1620 et en France dans les années 30. Les mélodies sont alors accompagnées plus volontiers avec un théorbe, et ce jusqu'à la fin du XVIIème siècle. Il s'agit en fait d'une mode importée d'Italie, initiée par les pratiques de chanteurs-compositeurs aussi célèbres que Giulio Caccini (appelé Julio Romano en Angleterre) ou Jacopo Péri, qui s'accompagnent volontiers eux-mêmes.
Durant la période de la fin du XVIème siècle et du premier quart du XVIIème en France, en Angleterre et en Italie, la voix accompagnée par un luth (auquel vient souvent s'ajouter la basse de viole, mais en Angleterre seulement) est une des formations privilégiées dans toutes les cours d'Europe et participe significativement à P« émancipation » du dessus d'une polyphonie si chère à la seconda prattica des florentins de la Camerata Bardi (Caccini et Péri, encore eux), puis bien sûr du grand Claudio Monte
verdi.
La douceur des sonorités d'un tel ensemble (voix et luth/voix, luth et viole de gambe) se prête il est vrai merveilleusement bien à l'expression des nuances riches et délicates des textes poétiques chantés, expression qui devient une exigence aussi bien en Italie (les italiens parlent d'affettï), qu'en France ou en Angleterre. Les échanges entre les pays sont fréquents et bien plus rapides qu'on peut l'imaginer. Les musiciens italiens vont parfois s'installer en Angleterre, comme, par exemple, toute la famille Ferrabosco. La mode est telle que des compositeurs anglais font italianiser leur nom : John Cooper, par exemple, devient Coperario .
Les éditeurs anglais publient des compositeurs italiens (Croce, Marenzio et encore Caccini). Un peu plus tard c'est la musique française qui, dès le début du XVIIème siècle, influence l'Angleterre. Dans le même temps, les airs de cour français utilisent très souvent des textes du Tasse ou de Guarini, traduits par exemple par Honoré d'Urfé. Les influences sont multiples et croisées, intellectuelles et enrichissantes, chacun amenant un peu de son caractère à l'apport de l'autre. On a l'impression d'une grande effervescence au service de ce que les femmes et les hommes des XVIème et XVIIème siècles chérissent par-dessus tout : l'intimité.

Eugène Ferré

 

LES ARTISTES

                                                                                                                                  
Monique ZANETTI 
                   
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Après des études de piano et de musicologie, Monique Zanetti s'oriente vers le chant. Elle commence sa carrière avec la Chapelle Royale et les Arts Florissants, puis effectue de nombreuses tournées de concerts en France et à l'étranger (Europe, USA, Amérique du Sud, Japon...) dans de grands festivals (Innsbruck ,Saintes, Herne, Ambronay, Utrecht, Aix en Provence, Tokyo…). et participe à de prestigieuses productions d'opéras baroques (Atys, Roland de Lully, Médée de Charpentier, Didon et Enée de Purcell, Orfeo de Monteverdi…) sous la baguette de William Christie, Philippe Herreweghe, Christophe Rousset, Martin Gester, J.C Malgoire, Gustav Leonhardt, Jérôme Corréas, Joêl Suhubiette, Jean- Marc Aymes Son répertoire s'ouvre également à la musique plus tardive: Les Noces de Figaro de Mozart, Le Médium de Menotti, Werther de Massenet, Pelléas et Mélisande de Debussy, Béatrice et Bénédict de Berlioz, Adrienne Lecouvreur de Cilea...(Opéra Comique, BAM de New York, Opéra de Lausanne, Opéra du Rhin, …) Elle aborde également la mélodie et le lied et se produit en concert avec pianistes et pianofortistes: Patrick Cohen, J.Efflam Bavouzet, Alain Planès, Corine Durous...

En Juin 2012, elle prend la responsabilité artistique de la première édition du festival « Les Voix de Silvacane », dans la fameuse abbaye cistercienne provençale.
Elle a à son actif une discographie de près de cinquante disques enregistrés chez Harmonia Mundi, Erato, Harmonic Records, Opus 111, Et Cetera, Musidisc, Pan classics...Parmis ces récents enregistrements citons le CD « Soleils Baroques » de Rossi avec Les Paladins (dir Jérôme Corréas), Dixit Dominus de Vivaldi avec Francesco Fanna et l’ensemble Pian & Forte, des Airs de cour d'Antoine Boesset avec l'ensemble à Deux Violes Esgales , ainsi que « Les Surprises de l’Amour » de Rameau, paru en Mars 2011 chez Alpha, et  «  L’art de bien chanter » de Bacilly chez Saphir, qui a obtenu un Orphée d’Or en 2012, dans la catégorie « meilleure initiative discographique ». Son enregistrement  «  Les Leçons de Ténèbres » de Couperin chez le label « Hérisson » a été salué par 4 ffff dans le magazine Télérama. Paru en 2014 : « Ayres and lessons for the Lyra Viol » d’Alfonso Ferrabosco II chez Arion. Paru en Mars 2016 : « Les Figures de l’Amour » d’André Campra, chez Parnassie Editions. A paraître : Leçons des Ténèbres de Michel Lambert.
Passionnée par la pédagogie, Monique Zanetti est régulièrement invitée à animer des stages et masterclasses de musique ancienne en France et à l'étranger (Versailles, Rio de Janeiro , Juiz de Fora Buenos Aires, Tokyo, Fukuoka…)

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   Eugène FERRE - Luth
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Lauréat du Concours International de Guitare de l’ORTF à Paris, il se tourne ensuite vers les instruments historiques, leurs répertoires et leurs techniques. Il se produit au sein d’ensembles prestigieux tels Huelgas-Ensemble, A Sei Voci, Glosas, l’Ensemble Gilles Binchois, Elyma, Hesperion XX, etc.. 
Il crée l’ensemble Labyrinthes avec lequel il se propose de mettre en valeur la diversité des musiques du XVIème siècle, regroupant chanteurs, violes et flûtes autour des instruments à cordes pincées.
En 1999, il dirige les Intermèdes de la Pellegrina (1589) au CNSMD de Lyon. Accordant une grande place à l'enseignement, il a créé les classes de luth des Conservatoires de Strasbourg et de Toulouse, puis du Conservatoire National Supérieure de Lyon où il enseigna jusqu'en 2012.
Il consacre une grande partie de son activité à l'interprétation des musiques de la Renaissance pour luth seul, se produit régulièrement en récital dans les pays européens mais également en Amérique du Sud et au Japon. Il a enregistré des oeuvres de luth de Jean-Paul Paladin (Arcana) et de Nicolas Vallet (Astrée-Auvidis). Il est très régulièrement invité à animer des Master-Class un peu partout dans le monde.

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